Il y a plusieurs manière d'enseigner la lecture. Voici les principales :
- la méthode syllabique : on apprend d'abord comme se nomment et "chantent" les voyelles, puis on introduit ensuite petit à petit les consonnes selon le même principe (le Pé chante /p/). On combine pour former des syllabes, puis des mots, et dès que possible des phrases. Utilisée depuis des siècles, cette méthode repose sur l'analyse et la logique ; elle peut paraître fastidieuse et difficile, et la compréhension passe au second plan après le décodage.
- la méthode phonétique : on part des sons de la langue, en commençant par les plus facile à entendre et à écrire, et on travaille toutes les manières d'écrire le son (/a/ s'écrit A, /in/ s'écrit IN, IM, AIN, EIN)
- la méthode globale : l'enfant "photographie" des mots courants pour se créer un bagage de mots connus qu'il n'aura plus besoin de déchiffrer. On travaille beaucoup ainsi pour faire mémoriser les déterminants, les pronoms, et les mots-outils (avec, sur, quand, il est, et, …). Développée au début du XXème siècle, cette méthode est basée sur la mémoire visuelle ; elle permet de lire très vite des mots entiers, ce qui est motivant, mais l'effort de mémorisation à fournir est si intense que de nombreux enfants saturent. L'apprentissage du code passe au second plan, ce qui ne permet pas à l'enfant de comprendre comment il fonctionne, et rend difficile le déchiffrage de mots inconnus.
- la méthode phonético-gestuelle de Suzanne Borel-Maisonny : développée en 1949, c'est une méthode combinée qui associe un geste à chaque son travaillé et à ses différentes graphies. L'utilisation du geste fixe plus rapidement la mémoire du son et de sa transcription écrite. Tous les canaux d'apprentissage sont utilisés : auditif, visuel, et kinesthésique.
La pratique m'a très vite montré que c'est la combinaison de ces différentes méthodes qui donne les meilleurs résultats. En effet, une seule méthode ne peut pas convenir aux multiples profils d'apprentissage des élèves ; de plus, elles présentent toutes des carences, soit au niveau du travail de décodage, soit au niveau du travail sur le sens.
Dans le canton de Vaud, il y a longtemps, on utilisait Mon Premier Livre, manuel d'apprentissage de la lecture basé sur la méthode syllabique . Ceux et celles qui l'ont connu auront pu constater, en particulier avec la lettre N, que l'ouvrage (ou du moins ses auteurs) datait de l'époque coloniale au moins (date de la première édition inconnue, seconde édition en 1912 !). Le livre a été moultes fois réédité, et remanié dans les années 1960.
En 1979, place à Maîtrise du Français, l'enseignement dit rénové du français. Ici, c'est la méthode phonétique qui est à l'honneur pour l'apprentissage de la lecture. J'ai une pratique approfondie de cette méthodologie : en tant qu'élève dans les années 80, et en tant qu'enseignante dès 1994. Il n'existait pas beaucoup de matériel pour les élèves : comme mes autres collègues vaudois de 1ère-2ème année, j'ai créé et échangé des tonnes de fiches et de jeux. Je suis également allé piocher du matériel dans les cantons voisins de Fribourg et du Valais qui, eux, avaient édité des fiches officielles. Autres cantons, autres moeurs…
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Autour de 2005, les enseignants vaudois se voient proposer différentes méthodes de lecture à choix (Crocolivre, Gafi, …). C'est beau, c'est abondant en matériel pour les élèves, c'est cher aussi... Toutes ces méthodes sont des méthodes françaises, et nécessitent une sérieuse adaptation pour être utilisable dans nos classes. Il m'a fallu un effort important pour intégrer la nouvelle manière de faire qu'on nous proposait. En outre, ainsi que je l'ai écrit plus haut, toute méthode est carencée. La majorité des enseignants sont consciencieux, et j'en fais partie : j'ai passé beaucoup de temps avec mes collègues à chercher quel matériel était adéquat et nécessaire pour compléter Crocolivre de manière cohérente. De plus, la planification proposée dans la méthode ne correspond absolument pas avec nos grilles-horaires. Que d'heures passées pour faire des choix dans les séquences...
En 2009, révolution : les pratiques sont à peine rodées avec Crocolivre qu'on nous annonce que cette méthode n'aura bientôt plus droit de cité. C'est Grindelire ou Que d'histoires qui prendront le relais, au choix de l'enseignant. C'est beau aussi, abondant en matériel pour les élèves aussi, et cher aussi. Harmos et la coordination romande ont fait leur chemin…
Dès 2011, les nouvelles nouvelles méthodes doivent obligatoirement être utilisées dans les classes. Je vais me répéter : à nouveau, important effort d'adaptation à fournir, et à nouveau, choix éclairé de matériel pour compléter la méthode Grindelire que j'ai choisie, et oh miracle ! les bonnes fées du canton de Vaud proposent une planification toute faite, je n'ai pas besoin de trouver comment faire entrer sept leçons dans quatre plages-horaire.
Nous sommes fin 2012, et une rumeur persistante mais non vérifiée court dans les couloirs de différents établissements scolaires dans plusieurs cantons romands : la préférence serait finalement donnée à Que d'histoires dans les petites classes… Info ? Intox ? L'avenir nous le dira… Mais avec ces multiples changements de méthodes, quelle perte de temps pour les enseignants, et quelle perte d'argent pour le canton !

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